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Les jeux vidéo de super-héros sont-ils condamnés ?

25 décembre 2015 - Non classé

Nous vivons enfin à une époque où les comics et les jeux vidéo peuvent coexister. Si les jours où l’on nous sort des films pétés aux scénarios et références timbres poste ne sont pas encore comptés, cela fait bien longtemps que nous n’avons pas vu une bouse similaire à Superman 64 sur nos machines. Il se trouve même que nous avons eu le droit à pas mal de bons jeux du genre dernièrement.

Il va de soi que les exemples les plus pertinents sont les titres de la série Batman Arkham, se concentrant sur l’univers d’un seul personnage (et de sa clique certes) et intégrant parfaitement l’ensemble des composantes qui le caractérisent. Il n’était d’ailleurs pas surprenant de constater l’attente suscitée par City et Knight suite à la sortie d’Asylum tant chacun est jouissif à parcourir.
Nous avons même eu le droit à des tentatives de MMO plus ou moins réussies pour restaurer la bonne époque de feu City of Heroes. Ainsi, DC Universe Online a lui aussi franchi le pas, s’offrant un max de cameos et l’intégralité du casting de la Justice League. S’il n’a pas bénéficié de critiques aussi dithyrambiques que la série Arkham, il offrait néanmoins une expérience satisfaisante.
Marvel n’a pas été en reste non plus, jouant d’autres cartes, comme celle de Marvel vs. Capcom 3 qui oppose certains cadors tels que Ryu ou Morrigan à Hulk ou Magneto dans des combats en 3v3. Certes l’addition des personnages de Capcom n’en fait pas une expérience 100% Marvel mais prouve tout de même que la société de comics rachetée par Disney a encore des licences fortes sous la main.

On ne peut pas non plus ignorer les derniers jeux Spider-Man comme Edge of Time ou Shattered Dimensions tous deux développés par Beenox Studios et offrant de bien belles heures de jeux.

Marvel vs. Capcom

La popularité des jeux de super-héros peut être partiellement attribuée à l’explosion constatée dans l’univers des comics depuis les adaptations massives au cinéma. Si chaque période connait ses modes et ses tendances, le super-héros a clairement la cote en ce moment. Qu’il s’agisse de films ou de séries, nous avons eu le droit à des productions de haut vol (pour certaines tout du moins) durant ces dernières années. Il suffit alors de constater le cash que tout cela brasse et on peut logiquement se dire que les jeux de super-héros n’ont pas de souci à se faire n’est-ce pas ? Permettez-moi d’émettre un léger doute à ce sujet.

La plupart des experts cinéma commencent déjà à prédire que la sphère des films de super-héros n’est qu’une mode passagère. Si l’on tient compte de la quantité astronomique de films du genre qui sont sortis dernièrement, et des prévisions de Marvel et DC sur les prochaines années, on se rend assez vite compte que le marché est ultra saturé. Le problème quand ça devient too much, c’est que ça finit forcément par gonfler les gens.

Un autre point important à noter même s’il peut paraître anecdotique, c’est la mort de Peter Parker dans Ultimate Spider-Man #160. Si la mort d’un super-héros pourrait théoriquement entraîner un gros buzz autour de la BD concernée et y intéresser des foules entières de personnes qui ne sont pas des lecteurs en temps normal, on constate en réalité plutôt l’inverse. Pour ceux qui ne s’en rappellent pas, il y a eu une sacrée baisse de régime côté comics du début au milieu des années 90.
Que s’est-il passé dans l’univers des comic books durant ces dernières années ? DC a changé deux arcs majeurs de son univers. Tout d’abord, il y a eu la mort de Superman en 1992, qui nous a entraînés dans une Metropolis noire sans homme de fer pour la surveiller. En réponse, Batman a aussi eu droit à sa tragédie personnelle dans Knightfall. Dans cet arc où il affrontait Bane, celui-ci lui brisa le dos, sortant logiquement Bruce Wayne du tableau.

Bien sûr, il ne s’agit que d’une opinion très subjective, mais je persiste à penser que le crash des années 90 dans l’univers des comics était une résultante directe de la mort de Superman, tout particulièrement avec le 75ème volume dans lequel la scène se déroulait. Quelle est la connexion entre les deux vous demanderez-vous logiquement ? Si l’on remonte à l’époque des années 80, certains comics gagnaient incroyablement vite en valeur. La plupart des volumes coûteux étaient d’ailleurs les plus vitaux pour permettre la continuité de la série. Les premiers volumes et les épisodes retraçant les origines des personnages étaient souvent les plus chers. Les collectionneurs mettant leurs mains sur ces volumes précis le voyaient comme une sorte d’investissement. Vous pouviez acheter un comics pour moins d’un dollar aux Etats-Unis et voir sa valeur monter en flèche quelques années après. Quand Superman #75 est sorti, tout le monde s’attendait à ce qu’il devienne une sorte de must-buy absolu.

Bien évidemment, la hype générée par ce volume en a fait l’un des plus vendus de tous les temps. La conséquence logique était donc que quasiment tout le monde en avait une copie. Superman #75 n’est en aucun cas un volume rare, bien au contraire, c’est l’un des plus communs. Sa valeur s’en retrouve donc logiquement amputée. Dix ans plus tard, il ne coûte toujours pas grand-chose. On peut donc penser que la plupart des « investisseurs » de l’univers des comics se sont sentis un peu floués ici et que beaucoup de monde a alors réalisé qu’acheter certains comics en guise d’investissement était une sorte de pari. Les ventes ont considérablement baissé.
Il va de soi que l’on ne peut pas non plus totalement écarter des soupçons la création d’Image Comics en 1992, société qui n’a pas attendu pour voler des talents comme Todd McFarlane (créateur de Spawn) ou Jim Lee (particulièrement apprécié pour ses dessins sur les franchises X-Men, Batman et Superman). Les stocks chez Marvel ont d’ailleurs pris un sacré coup à ce moment précis.

L’industrie du comics ne s’est jamais vraiment remise du crash, mais l’explosion récente des films de super-héros lui a donné une nouvelle opportunité de générer des revenus grâce à ses personnages fétiches. Un crash du film de super-héros pourrait faire bien plus mal en revanche…
Où se situe donc le jeu vidéo de super-héros dans tout ça ?

Spider-Man

On peut assez logiquement se dire que même si la hype du film de genre est encore présente, la saturation complète du marché est vouée à se solder en échec. Plusieurs critiques experts en la matière font d’ailleurs cette prédiction. Si l’industrie du film de super héros se plante, l’impact sur les jeux du genre pourrait être terrible.
Il convient cela dit de noter que le marché du comics a survécu au crash des années 90. On peut tout aussi bien penser qu’il survivrait parfaitement à un crash de son industrie cinématographique.

On peut aussi se rassurer en se disant que les jeux vidéo et les comics ont quand même fait un sacré bout de chemin ensemble depuis déjà bien longtemps. Un bon jeu basé sur un univers de comics peut tout à fait être un succès retentissant, même en période creuse pour le marché du comics en lui-même. D’ailleurs, les jeux vidéo liés à des super héros ayant eu le plus de succès n’étaient jamais basés sur des films, bien au contraire. Arkham Asylum ou Shattered Dimensions sont des jeux totalement originaux. Certes, la présence dans les salles obscures des héros concernés booste la vente de ces jeux, ils n’en restent pas moins de jeux originaux et objectivement plus réussis que ceux directement adaptés des longs-métrages.

Il y a cela dit un élément clé dans cette équation : la qualité. Si les jeux de super héros veulent survivre au crash de l’industrie cinématographique imminent, les développeurs devront se donner du mal pour nous fournir une expérience virtuelle d’autant plus satisfaisante. Les jeux Arkham ont d’ailleurs fait un excellent boulot à ce niveau-là, mettant la barre très haut pour des titres du genre. Les futures sorties n’échapperont pas à la comparaison et cela obligera donc à fournir un seuil de qualité minimum pour convaincre la critique et les joueurs. Si l’on voit d’autres softs de cet acabit pointer leur nez sur le marché, alors les jeux de super héros n’ont rien à craindre. Un bon jeu est un bon jeu point.

Il ne reste donc plus qu’à prier pour ne pas voir d’autres Superman 64 ou Batman Forever dans les bacs ces prochaines années.